18.02.2007
Juillet 1998, la France qui gagne

Le "je me souviens" a été emprunté à Kino Piotrevski sur son blog "je me souviens de Bruxelles", pour aller le voir passez par : Parfois au bout des routes, en lien chez moi. Merci à lui, qui ne connaît pas à l'avance cet emprunt.
"voir nos joueurs de toutes les couleurs chanter la marseillaise [...] c'est une formidable leçon donnée à ceux qui méprisent toute expression de sentiment national.
A ceux que l'on pourrait appeler
les pisse-froid de la nation française."
(Michèle tribalat. Libération, 10 juillet 1998)
"-Et ta soeur ?
-elle pisse bleu.
-Et bien quand elle pissera tricolore, tu crieras Vive la France !"
(Jean-Jacques Lebel, l'anti -procès , 1959)
Je me souviens...
D'une petite plage à la Faute-sur -Mer, côte atlantique,
je me souviens...
De notre plongée dans la petite ville balnéaire d'à côté, un soir de coupe du monde, nous voulions désespérément engloutir une "moule frite", un soir de coupe du monde, rappelez-vous (France-Brésil) ou (Brésil-France), je me souviens de retour à notre plage de cailloux, déserte avec un morceau de pain complet et un fromage de chèvre, le couteau suisse de mon fils, 9 ans, une bouteille d'eau et la plongée dans l'eau, seuls tous les trois...
je me souviens de l'actualité journalistique :
Exploit historique, triomphe du multiculturalisme, mélange et acceptation des différences, équipe victorieuse, dite métissée, colorée, tranquillement multi-ethnique, ou encore plurielle, cosmopolite, voire universelle, équipe ressemblant à la france d'aujourd'hui, modèle d'intégration républicain, laboratoire d'une france forte.
Je me souviens de :
"Quel meilleur exemple de notre unité et de notre diversité que cette magnifique équipe" :Lionel Jospin
Analyse largement partagée par Jacques Chirac, qui ne manqua pas de saluer cette équipe à la fois tricolore et multicolore qui donne une belle image de la france et de ce qu'elle a d'humanisme et de fort, parfait exemple d'une france qui gagne ensemble (intervention télévisée du 14 Juillet).
Le bruit et l'odeur ne le gênait plus...
Tous, responsables politiques et journalistes exaltent cette leçon d'intégration réussie.
Les "intellectuels" dans la course aussi : équipe bigarrée et gagnante, mosaïque multicolore.
L'éjaculation extatique qui suivit, (extase elle aussi historique) à en croire "Edgar Morin", fut également célébrée comme un exceptionnel et intense moment de fusion communautaire et plus particulièrement RACIALE.
Ballon rond , pierre philosophale de la réconciliation "ethnique".
Le stade fut présenté, derechef, comme une porte d'entrée dans la société française, ouverte pour tous ceux qui voudrait bien faire l'effort (sportif), si on peut dire ça , d'intégration. Le stade , maison pour tous.
Emotion unitaire , amour , communion sociale, fraternité , complicité , générosité et j'en passe....
La passion footballistique, l'amour de la FRANCE QUI GAGNE (of course), la fierté de se sentir français.
N'oublions pas toutefois, les écartés de la fête : "SDF", mendiant, etc... préventivement virés des centres villes et des grands axes menant aux stades, des prix prohibitifs, places réservées, encadrement militaro- policier, sélection sociale des spectateurs, tribunes "sécurisées" réservées aux partenaires officiels permirent de maintenir les supporters incontrôlables à bonne distance.
oui, je me souviens...
C'est ça l'amour de la france, démesuré, des supporters trop amoureux... émotion unitaire ?
tout devient soluble dans le football : xénophobie, racisme, sexisme, homophobie, je rigole...
Estampillage "Black Blanc Beurrisme" et racialisation d'une victoire :
L'association SOS racisme s'empresse de surfer sur la déferlante émotionnelle :
"Ce soir-là tous les français ont été scandalisé par l'expulsion d'un black", marcel desailly.
"ce soir- là, tous les français étaient désolés que la rencontre se disute sans blanc;"
"ce soir -là, tous les français ont rêvé d'embrasser un beur".

Je crois qu'utiliser quasi spontanément un registre coloré pour souligner l'imbrication d'identités multiples, d'origines (géographique) diverses, c'est recourir à des catégories, que tout en faisant mine de "recouvrir des réalités biologiques", de rendre compte d'évidences somatiques s'imposant d'elles -mêmes, qui alimentent, structurent et perpétuent une vision raciale de la société.
Si les valeurs , les émotions, les sentiments ont une histoire (voir Michel Pastoureau "les couleurs aussi ont une histoire"), la perception des couleurs de l'homme par l'homme prend son origine dans des catégories cognitives largement héritées de l'histoire de la colonisation.
Aliénation , dépréciation ,inéluctable dépendance de la couleur de peau noire pendant des années, auto-dépréciation chez le porteur de ce stigmate, et plus....., les agents coloniaux :
"Il faut que les gens de couleur croient que l'infériorité de leur condition est due essentiellement à la couleur de leur peau, vous devez tout mettre en oeuvre pour les en persuader"
rapporté par Philémon Mukendi "racisme négritude et dialogue interculturel".
"Un préjugé de couleur" aux effets discriminatoires structure les rapports de domination. (PeterFrost), "femmes claires , hommes foncés :les racines oubliées du préjugé de couleur.
les hommes sont (sur)-déterminés par leur carnation , leur chromacité. ils sont enfermés dans une aventure biologique , dans un commun destin biologique.
on oublie trop que la perception du corps , (de son propre corps comme celui d'autrui), n'est qu'une "illusion", que sa saisie, que notre manière de "l'en"-visager" est commandé par un regard formaté par des préjugés, guidé par des réflexes ou des tics idéologiques, socialement , culturellement politiquement, construit Je ne "vois finalement les autres que selon la manière dont les imaginaires sociaux me dictent de les appréhender. Je ne les décrypte, les investit, les dévisage que sous l'angle, le prisme déformant, de mon éducation. L'oeil est un attrappe -corps qui se leurre sur l'objectivité. La vérité de ce qu'il a la prétention de capter. Il ne fait que "dé"-figurer le corps qui lui est présenté.
chimère, chimère débarrassons-nous de cet oeil trop rapide de ces phantasmes et racontars racistes.
Revenons à la cérémonie d'ouverture du mondial.
Je me souviens....
Quatre colosses en polyester précédant le cortège, respectivement noir (le lippu Moussa, jaune (ho), orangé (pablo) et le blanc, le blond Roméo...
(caricature de la persistance d'une vision avant tout raciale de la répartition des êtres humains sur la planète avec ses quatres couleurs censés symboliser les peuples universels), même si c'est pour pointer une intégration jugée "réussie", ou pour caractériser un melting pot- festif, le recours à la métaphore coloriste propose et impose une grille de lecture et une idéologie raciale. cet effet de style racialise immédiatement et immanquablement la saisie de l'évènement.
Alain Peyrefitte : "notre bariolage racial", et avec fierté, monsieur.
D'autres : "harmonie multi-raciale".
Les journalistes du Figaro : "coloration multi-raciale ou encore ethnique des tricolores".
Le Times notera que la france a trouvé une "coalition de races et de couleurs".
Le Foot a-t'il construit un regard nouveau sur l'autre ?
black , blanc, beur, fermez les yeux ou ne regardez que les ombres portées.
S'arracher du bourbier, ne plus avaler la soupe, it's possible, ébrouons-nous de temps en temps...
bye.
(Azazel au fil de ses lectures de son vécu de sa vision de l'autre.)
16:05 Publié dans fiction de l'étranger | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note



Commentaires
Je n'aime pas le foot, je n'aime pas les supporters, je n'aime pas les grandes passions hystériques, je n'aime pas le patriotisme, je n'aime pas................... la liste pourrait être longue et je n'aime pas les listes.
Mais j'aime ton texte, pavé dans la mare.
Je ne me souviens pas de juillet 1998
Je me souviens de ces vers de Léopold Sédar Senghor 1973 :
"Il fait beau, il fait triste.
Il y a Gorée, où saigne mon coeur mes coeurs.
La maison rouge à droite, brique sur le basalte.
La maison rouge du milieu, petite, entre deux gouffres d'ombre et de lumière." (Lettres d’hivernage )
" J’ai rêvé d’un monde de soleil dans la fraternité de mes frères aux yeux bleus. " Léopold Sédar Senghor
J'aime tes coups de gueule Azazel
Bonne nuit colorée
Ecrit par : Maria-D | 19.02.2007
Salut
M'en fout je n'aime pas mais du tout le foot et ce qui tourne autour ! bah ....trop de cinema autour de ce sport pourrie pasr le fric ,et la pub
Bisous
Gérard
Ecrit par : Gérard | 19.02.2007
juste un passage pour te signaler, ma nouvelle adresse
je t'embrasse
j'aime pas le foot
sauf zizou
Ecrit par : jeanne_01 | 19.02.2007
Il est vrai que le juif est juif et le noir est noir par le regarde de l'autre....ta note a du souffle Azazel et balaie les miasmes identitaires
Ecrit par : ulysse | 19.02.2007
Quel souffle!
Ecrit par : tomas | 19.02.2007
Un grand coup de pied et oups, le ballon dans la fourmillière ...
Tiens, j' ai cru voir passer des fourmis de toutes les couleurs ...
Je me sens mieux ...
Ecrit par : Kaïkan | 19.02.2007
" les ombres portées", c'est chouette ça, mais faut baisser le son aussi ....
embrassade ma belle et l'amiral aussi sur la bouche même s'il veut pas, affection....
Ecrit par : conchita | 19.02.2007
tu voids , je sens ce que tu dis...
un lecteur qui te suit de près, et là ,j'ai topé...
Ecrit par : francis | 19.02.2007
Salut
juste un bisou pour ce mardi ..et puis ,un autre tient !
Gérard
Ecrit par : Gérard | 20.02.2007
Bonjour Azazel.
(J'ai pas oublié le chat botté..).
Oh, elle est pas belle sa bite à celui-ci ! le foot ça déglingue un peu quand même, non ?
Ecrit par : Cendre | 20.02.2007
Bonsoir dame Azazel.
Vrai que les mots sont fouettés, vrai que j'aurais presque l'envie de chanter la marseillaise... mais non.
Trop d'hypocrisie dans cette histoire de France métissée gagnante, trop de couleurs reprises à bon compte par les politiques. Je ne crois pas que le foot puisse changer la vision portée sur la différence.
L'engouement est fugace, ce que l'on croit persiste.
Bise bise :)
Ecrit par : Plaiethore | 20.02.2007
Moi je pense qu'il ne faut pas tenter de gommer des différences. Il faut les considérer comme une richesse. Que dirait-on d'un jardin dans lequel toutes les fleurs seraient de la même couleur.
Je n'aime pas le foot du tout. C'est pourri par l'argent. D'ailleurs l'OL est en entré en bourse.
J'ai lu ton com sur le blog d'Ulysse et je viens te faire un gros bisou d'encouragement.
Ecrit par : Marie | 21.02.2007
Ballon rond , pierre philosophale de la réconciliation "ethnique".
Tu as mis le doigt exactement sur le Point G de toute la difficulté, encore aujourd'hui, de donner une couleur à la France. Et ca fait chier de voir que si en 98, tout était black blanc beur, aujourd'hui on ne parle que de bleu, blanc, rouge mais surtout pour les blancs, les autres étant des "minorités " qu'il faut traiter au cas par cas. Ca me fait froid dans le dos, les discours pré-présidentiels...
Et les femmes, une minorité ou non? C'est pas parce que l'autre couillasse se pavane à la télé qu'il faut applaudir à deux mains parce qu'il y a enfin une femme présidentiable en France : vu qu'il y a encore et toujours de la discriminaion sexuelle dans les entreprises, j'appelle pas ça un succès, mais plutôt une coincidence. Alors votez pas pour elle parce que c'est une femme mais juste parce que ses idées vous plaisent, ça sera déjà bien.
Ecrit par : Puce Flee Hilton | 21.02.2007
Ballon rond , pierre philosophale de la réconciliation "ethnique".
Tu as mis le doigt exactement sur le Point G de toute la difficulté, encore aujourd'hui, de donner une couleur à la France. Et ca fait chier de voir que si en 98, tout était black blanc beur, aujourd'hui on ne parle que de bleu, blanc, rouge mais surtout pour les blancs, les autres étant des "minorités " qu'il faut traiter au cas par cas. Ca me fait froid dans le dos, les discours pré-présidentiels...
Et les femmes, une minorité ou non? C'est pas parce que l'autre couillasse se pavane à la télé qu'il faut applaudir à deux mains parce qu'il y a enfin une femme présidentiable en France : vu qu'il y a encore et toujours de la discriminaion sexuelle dans les entreprises, j'appelle pas ça un succès, mais plutôt une coincidence. Alors votez pas pour elle parce que c'est une femme mais juste parce que ses idées vous plaisent, ça sera déjà bien.
Ecrit par : Puce Flee Hilton | 21.02.2007
michel pastoureau, hitorien des couleurs, "l'histoire du bleu", magnifique.
"Je me souviens", technique oulipienne, Georges Perec.
bizazazel
Ecrit par : piotrevski | 21.02.2007
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